Discours prononcé par les anciens à l'attention de M. Le Moucheux à l'occasion de son départ

Lundi 26 juin à 20h
Monsieur,

C’est véritablement un grand honneur pour moi que de pouvoir m’adresser à vous au nom des anciens élèves au moment de votre départ. Et pourtant ! il est vrai que nous ne fûmes pas les meilleurs quand à la stricte observance des règlements de Rocroy Saint Léon, règlements que vous avez fait appliquer avec détermination jusqu’à aujourd’hui. C’est au contraire en ayant compté parmi les plus grands coupables de détournements de tous ces règlements que nous avons pu en acquérir la compréhension nécessaire et surtout que nous avons pu vous connaître vous.

Car en effet, dans un établissement comme Rocroy Saint Léon, qui sait combien l’attitude et le comportement de ses élèves compte pour leur faculté d’intégration et leur réussite future, votre personnalité et votre charisme ont énormément compté.

Charisme en effet, car qui ne craignait dans les rangs votre sifflet réprobateur désignant le fautif, (presque !) toujours à raison, comme l’élément perturbateur de cette classe si bien ordonnée. Qui n’avait pas peur, pour divers prolongement de ses activités de récréations, d’être envoyé par vos soins « à la grille », grille de la cour qui, quelque soit sa forme, vous plaçait sous le regard de 400 bons éléments du collège qui vous savaient alors pour 5 minutes être leur hors-la-loi.

Et concernant vos principaux outils de travail, ces consignes et avertissements sur lesquels vous avez fait couler tant d’encre, il serait sans doute fastidieux d’énumérer ici tous les motifs ayant donné l’occasion à bon nombre d’entre nous d’avoir passé quelques surcroîts de temps dans l’école de notre jeunesse. Ces quelques lignes, dont la concision permettait à nos parents de mesurer quelle était notre faute en l’espace de quelques instants. Qu’il s’agisse des classiques « bavardage dans les rangs », « dissipation en classe », « perturbation de la séance de ciné-club », des moins honorables « bagarre dans la cour », « insolence », « oubli systématique de la carte de cantine », ou des plus exotiques « a mis des yaourts dans les carafes d’eau de la cantine », « cruauté envers les animaux du laboratoire des sciences de la vie », « jets d’encre sur la blouse du professeur de physique » ou encore «a entraîné ses camarades dans une visite privée des caves de l’établissement à l’heure du déjeuner ».


Au-delà de ces forfaits passés et justement réprimés, qui sont désormais au rayon des bons souvenirs, votre personnalité, comme je l’ai dit tout à l’heure, a énormément compté. Car dans vos actes disciplinaires quels qu’ils soient ressortait une constante : la sanction, jamais, n’était synonyme de dévalorisation. A une époque ou notamment dans l’éducation tout élève est potentiellement considéré comme une victime, et ou le recours à des sanctions est souvent écarté pour éviter de pousser les soi-disant victimes à s’exclure, il faut reconnaître les mérites des principes éducatifs de Rocroy Saint Léon, que vous avez si bien manifesté. Ici, où l’élève est dès son entrée un être responsable, qui apprend à se contrôler, car il sait l’existence de vos rappels à l’ordre et de l’éventuelle juste punition qui découlerait de ses débordements.
De longues heures passées en retenue avec vous permettent de se rendre compte à quel point vous ne cherchiez rien autant que la prise de conscience de l’élève. Votre connaissance pointue de ses résultats scolaires (vous pouviez citer le niveau de la plupart des élèves dans leurs matières principales !) vous permettait d’ailleurs d’élargir votre rôle pour avoir celui d’un véritable accompagnateur.

A l’heure de votre départ, il est donc temps pour nous exceptionnellement de faire usage une première et dernière fois de ces outils de travail qui ont été les vôtres :

- Le plus sérieux et engageant, mais aussi quelque part le plus glorieux : la consigne. A monsieur Rodriguez (et monsieur Valette ?), qui, fait exceptionnel, sont volontaires pour cette consigne, et qui ont ainsi pour charge de poursuivre l’œuvre éducative de Rocroy dans l’esprit de votre interprétation.
- L’avertissement, travail de fond et toujours à cette occasion choisi par l’école et les anciens élèves, qui n’oublieront pas votre rôle et se devront chacun de continuer à vous faire signe régulièrement.
- Enfin, le seul document, la seule feuille qui faisait plaisir à la vue de l’élève : le Permis. Car l’élève, même si ces amis sont nombreux dans l’école, est néanmoins toujours heureux de pouvoir rentrer chez lui plus tôt à la faveur de quelque circonstance. Nous comprenons donc que malgré votre départ de cet établissement central dans votre carrière, vous êtes heureux de pouvoir désormais vous occuper de votre maison, ainsi que de vos enfants et petits-enfants. Dans ce domaine, à l’image de votre rôle incontestable à Rocroy, nous vous souhaitons désormais le meilleur.

Merci, monsieur Le Moucheux

Au nom de l’AAAEERSL : Romain HUBERT, Laurent OLIVO, Benoît BIENFAIT, Frédéric CHAULAND, Olivier BAUDEZ, Jean-Marc Vincenti